L’article original étant beaucoup un poil long, je l’ai scindé en deux parties. La première partie se trouve ici.

Les images illustrant cet article sont des pancartes vue lors d’un rassemblement contre les violences sexistes et sexuelles.

Attention : cet article aborde les thématiques de violences sexistes et sexuelles, notamment sur mineur·e·s.

J’en profite pour rappeler trois numéros à connaître absolument, que je peux appeler si je suis en danger ou en risque de l’être, ou si je connais une personne en danger :

  • 3919 : pour trouver écoute et soutien pour toute femme victime de violences
  • 0 800 05 95 95 : pour trouver écoute et soutien dans les démarches suite à un viol ou une tentative de viol
  • 119 : lorsqu’un enfant est en danger ou en risque de l’être

Des actes commis par des hommes

La majorité de ces violences sexuelles sont commises par des hommes (de 95 à 99% selon le cadre). Si une femme sur cinq est victime d’agression ou de crime sexuelle, quelle est la proportion d’hommes agresseurs ?

“Éduquez vos fils. 1 femme sur 5 victimes de violences sexuelles. Combien d’hommes agresseurs ?”

Ces hommes ne sont pas des déséquilibrés poussés à la violence par leurs hormones.

Des hommes violent, agressent, tuent parce qu’ils le peuvent.

Parce que la police intervint peu.

Un violeur à l’Intérieur, un complice à la Justice

Parce que la justice condamne peu.

Parce qu’il est plus facile de fermer les yeux que de remettre en question notre ami tellement drôle.

Parce que ces hommes tissent des toiles d’emprises sur des femmes.

Parce que ces hommes ont l’argent, la notoriété, la stabilité, l’autorité, la force physique pour eux.

“Darmanin, violeur, on n’oublie pas”

Parce que ces hommes pensent que les femmes – cette femme – leur appartient.

Parce que ces hommes ont du pouvoir.

Parce que nous vivons dans un système patriarcal.

“Le sexisme est partout. Nous aussi”

Le droit à la nuance

Bien sûr, les hommes ont aussi le droit à la nuance.

Certains hommes adultes sont victimes de violences sexuelles, en proportion moindre que les femmes (3 500 hommes victimes de viol ou tentative de viol par an), mais commis là aussi en majorité par des hommes. La grosse majorité des violences sexuelles à l’encontre des hommes ont lieu avant leur majorité (75 % pour être plus exacte).

Nous savons que les garçons victimes de violence dans l’enfance ont plus de risque d’être eux-mêmes agresseurs ; que la violence est reproduite de génération en génération ; que le patriarcat détruit à petit feu l’empathie des hommes, car l’empathie empêche de dominer l’autre ; que cette domination des femmes s’imbrique avec d’autres systèmes de domination comme le racisme ou le capitalisme.

Comprendre n’est pas excuser. Il est important de rappeler qu’un homme violent choisit d’être violent. Il calcule les risques face aux bénéfices avant de passer à l’acte et il utilise des stratégies bien rodées pour mettre sous sa coupe la/les femmes victimes et conserver son impunité.

En supplément, de plus en plus de féministes pointent l’inceste comme le terreau des violences sexuelles. La famille est l’endroit où les hommes s’entraînent à violer, les filles apprennent à se plier au bon vouloir du patriarche, les garçons qu’un vrai homme est un homme violent et où tout le monde apprend à se taire.

“Range ta bite et ton couteau”

Des actes terroristes

Les violences à l’encontre des femmes (et des enfants) sont massives. Elles ont aussi un impact sur le comportement des femmes, victimes ou non de ces violences.

Les femmes habitant avec un homme violent vivent sous contrôle coercitif et sous la peur constante. Cette peur perdure après la séparation, car bien souvent les violences perdurent, voire débutent, à la séparation.

Mais les autres femmes aussi vivent avec cette peur. Elles adaptent leur conduite dans la rue (marcher vite, prendre cette rue, éviter celle-là, attention aux groupes…) ; elles choisissent méticuleusement la longueur de leurs vêtements avant d’aller au travail (ce haut n’est-il pas trop décolleté ? ) ; se taisent pendant le sacro-match de foot ; se félicitent d’être en couple avec ce gars qui est si sympa en ne les traitant pas comme un paillasson ; vont se censurer lors de la prise de parole, que ce soit sur Internet ou non…

Cette peur a un impact sur la façon de s’habiller, de se mouvoir dans l’espace public, de s’exprimer. Les actes de violence envers les femmes participent ainsi à maintenir leur exploitation.

“Si tu poses ta main sur moi, je te pète la main et l’bras”

Que faire ?

La révolution féministe !

Ça s’est dit.

Et concrètement ?

Les associations et des militantes féministes proposent depuis des années des pistes concrètes pour sortir du patriarcat, ou du moins ébranler ce système de domination.

Je souhaite cependant présenter deux axes, parmi tant d’autres.

Le premier axe est la suppression des violences, sexuelles ou non, au sein de la famille. Cela peut passer par l’amélioration de la prise en charge des enfants victimes, un travail sur les relations parents-enfants, une éducation à la sexualité désirante et respecteuse des un·e·s et des autres, d’une justice formée aux violences sexuelles.

Cependant, je suis plus que méfiante sur la justice répressive, c’est-à-dire une justice axée sur la punition des agresseurs. La prison n’est clairement pas une solution viable sur le long terme, notamment quand un agresseur sur quatre d’un·e mineur·e est aussi mineur. De plus, la répression sera plus virulente sur certaines catégories d’hommes que d’autres (les hommes de classe populaires, les hommes racisés). Une réflexion sur la justice que nous souhaitons avoir doit aller de pair avec l’urgence de la reconnaissance des délits et crimes sexuels sur les enfants (et les adultes).

Un deuxième axe qui me semble important est l’indépendance financière. Fuir un homme violent est plus facile avec un pactole sous le coude qu’avec un portefeuille vide. De plus, avoir son propre argent permet d’être moins en situation de dépendance vis à vis de son compagnon et d’avoir une marge de négociation. Ce n’est pas non plus négligeable dans le cas de situation de violence au travail, quand beaucoup de femmes sont obligées de quitter leur emploi lorsqu’elles sont victimes harcèlement sexuel. La mise en place d’un revenu universel est un moyen de construire cette indépendance, tout comme la revalorisation des salaires des métiers à majorité féminine et l’individualisation des impôts.

“Ni mari, ni patron, ni patrie, ni macron”

Bref, l’idée est de foutre en l’air les systèmes de domination, quelque qu’y soit. Car les violences à l’encontre des femmes et des enfants sont intrinsèquement liés aux relations de pouvoir.

“Seuls les égos fragiles craignent l’égalité”

Pour aller plus loin :

Types de violences et mécanismes des agresseurs :

Sur la silenciation des femmes :

Sur l’inceste :

Autres textes sur les violences :

« Comprendre le patriarcat », par bell hooks sur le site Socialisme Libertaire

Sur la justice :

Sur le revenu universel :

Edit du 20/12/2020 : Ajout d’un lien sur l’inceste (vu sur le Twitter du Réseau International des Mères en Luttes).