L’hiver s’est installé, avec son brouillard, son ciel bas et gris et la nuit qui prend ses aises. C’est l’heure du bilan de l’année, exercice auquel je me plie depuis plusieurs années, pour rassembler mes pensées et peut-être en voir un schéma.

Cette année, c’est le retour du vélo-boulot-dodo, le temps qui se contracte et l’énergie qui manque.

Boulot et énergie folle

C’est probablement le plus gros changement pour cette année : j’ai repris le travail, un an et deux mois après avoir quitté mon poste plus ou moins sur un coup de tête, après des semaines à ne rien faire, des entretiens foirés, quatre mois éclairs dans une boite de prestation où alcool, culture du viol et racisme se cachaient derrière les petits-fours, de nouveau trois mois de chômage (indemnisé celui-ci) et encore des entretiens foirés.

Un salaire indécent pour un forfait cadre sans horaire fixe, un périmètre très (trop?) large et un milieu de travail sexiste qui me faisait hésiter à rester en fonction de mon humeur.

Les hauts et les bas me font des fois douter de la présence du sexisme et de mon syndrome de l’impostrice : est-ce que j’ai raison en m’offusquant contre cette homme qui ne me laisse pas en placer une ou est-ce c’est mon énervement hypo-maniaque qui me fait surréagir ? Et quand je trouve que certains collègues me prennent pour une cruche ou qu’ils me cachent des infos, est-ce que ce ne serait pas lié à une mini-paranoia causée par un moment de mou dépressif ?

Photo de pieds de jonquilles en fleur jaune vu d'en-dessous

Pour facilité le tout, j’ai appris que je me trouvais probablement sur le spectre du trouble de l’autisme alors que j’avais fermé la boite il y a plusieurs années. Des choses dans ma vie ont d’un coup un autre sens mais est-ce bien le bon sens ? Que faire de ça ?

Bref. Problème de riche, mais j’ai fini par me décider : le boulot est intéressant (je suis très chanceuse à ce niveau), mon chef reconnaît pour le moment mon travail et les conditions sont plus qu’avantageuses.

Par contre, qui dit reprise de boulot, dit énergie sacrifié au travail, yoyo permanents d’humeurs à gérer, fatigue et cette dépression qui me nargue toujours dans le rétroviseur de mon vélo.

Militantisme en contre-jour

C’est peut-être un des aspects les plus frustrants de 2025 : l’incapacité de militer. Non pas qu’avec les humeurs en mode montagne russe pour bébé j’arrivais à quelque chose de constructif, mais je gardais l’idée que je *pourrais* m’investir si je le voulais. Ce qui est faux, mais difficile à accepter pour un cerveau biberonné à la performance dans une société capitaliste et validiste.

Là, je ne peux plus me leurrer : à part bosser, je n’arrive plus à grand-chose.

Un syndicat de lutte existe dans ma boite et maintenant que j’ai pris la décision de rester je pense que je vais toquer à leur porte sachant la double limite que j’ai : l’énergie donc, mais aussi le fait que je suis en position de manager indirect vis-à-vis d’autres collègues. Pour tout dire, je n’avais pas capté que ma fiche de poste ainsi mais en l’état je me vois mal prendre de la place dans un syndicat avec cet type de responsabilité (même indirecte). Je verrai bien au moment donné.

Donc plus de militantisme pour moi et je range mon frein en voyant de loin des conflits de mon (ex?) organisation politique. Faire la part des choses entre les divergences politiques, les conflits interpersonnels et les relations de pouvoir qui se cristallisent dans le réel (sexisme, racisme, validisme…) demande un vrai travail de recul que je n’arrive cependant pas à avoir.

Tant d’urgences, tant de mort·es, tant que guerres et toujours les extrêmes droites qui continuent d’installer leur nid, mais je n’ai que de la fatigue et de la dépression en réponse. Alors je cache ma colère sous un drap pour ne pas qu’elle prenne la poussière mais, des fois, j’oublie presque qu’elle est là et cela me fait peur.

Ainsi, pour le moment, je lis et absorbe les analyses – qui n’ont une valeur que théorique quand celle-ci ne s’est pas cognée au réel, et j’essaye de partager les informations que je vois passer. C’est si peu.

Photo de la tour eiffel vu d'en-bas

De l’art d’écrire un peu

Avec tout ça, j’ai quand même réussi à maintenir une pratique quotidienne d’écriture. J’avance tant bien que mal sur un roman de fantasy dont les personnages me côtoient depuis bientôt deux ans. Le worldbuidling n’est pas top top mais le tout va en s’améliorant (je l’espère) avec au compteur 77954 mots. Cependant, j’ai l’impression de ne pas prendre l’écriture au sérieux : une fois l’objectif du jour atteint (250 mots ou 30 minutes d’écriture), je passe à autres choses, même le week-end.

Avec cette limite, je priorise le roman et plusieurs articles de blog sont restés en brouillon dans un carnet papier et attendent d’être un jour finalisés. Des critiques de livres mais aussi le retour sur ma randonnée annuelle en Bretagne alliant solidarité entre randonneuses et tempêtes. J’essayerai de publier ce dernier billet début d’année, il me semble plus directement intéressant.

Photo de l'océan pacifique. Une voile d'un bateau se devine entre le ciel nuageux et l'eau bleu foncé parcouru de vagues

Tomber de la sécheresse à la noyade

L’autre activité pourvoyeuse de petits bonheurs est le jardinage de balcon, malgré les échecs qui continuent d’été en été. Cette année me sert de base de sélection : adieu œillets et dahlia, fraise, belles de nuit et ipomées. Bienvenue aux dix milles nuances de basilics, romarin, bourrache et sauge.

Les plants de poivrons ne valent pas vraiment le coup, faible récolte mais une grosse consommation d’eau, même en prenant en compte le système de goutte-à-goutte que je maîtrise de mieux en mieux. J’essayerai probablement d’autres plantes en pot, peut-être gingembre ou rhubarbe, sans avoir d’idées bien arrêtées. J’ai encore tout l’hiver pour me décider.

Photo d'un contenant d'eau posé sur deux tréteaux. Un tuyaux sirt de ce contenant direction un pot qui se trouve en premier plan caché.
Photo d'un goutte-à-goutte vu de près, avec une goutte suspendue au bout du tuyau

Mon jasmin étoilé a bien repris cette année, plus que ce que j’aurai espéré, avec une belle floraison estival, malgré le foyer d’araignées rouges qui s’y loge. Mon camélia par contre se délite de plus en plus, sans que je ne sache quoi faire. Par contre, je sais très bien quelle est la cause de faiblesse de mes misères et mon magnifique bégonia en intérieur : le trop plein d’eau versée cet été par peur de la sécheresse. Certaines misères sont mortes, d’autres vivotent et mon bégonia a l’air de repartir.

Trois nouveaux colocataires sont arrivées à la fin de cet été : un laurier, un plant de lierre et un olivier. Des espèces qui me semblent a priori assez rustiques et résistantes pour résister aux acariens, mais seul le temps nous dira si c’est bien le cas.

Photo de près de fleurs blanches de jasmins étoilés mouillées de gouttes

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J’espère que cette nouvelle sera aussi belle et forte qu’une fleur de bourrache qui se tient face au vent, qu’elle soit pleine de luttes victorieuses, de dignité et de moments suspendus de joie.