Note : cet article va parler de violences sexuelles.
Que faire des violeurs ?
La réponse à cette question est primordiale pour sortir de la culture du viol. L’éducation est bien sûre très importante mais il nous faut aussi gérer les agressions actuelles ou futures qui continueront d’arriver le temps de sortir du patriarcat.
La prison n’est pas une réponse, parce qu’elle est source d’une violence et d’une déshumanisation extrêmes, et rien ne peut en sortir de bon. Les violences carcérales sont multiples et impunies, les conditions horribles peuvent aller jusqu’à de la torture blanche. L’enfermement en lui-même est une violence. Et les hommes agresseurs sexuels ? Eh ! bien, ils ressortent et évitent de se faire reprendre. La prison est là pour enfermer et punir une catégorie – ai-je besoin d’ajouter masculine non-blanche ? – bien spécifique de la population et pour protéger l’État.
Un autre point important est les besoins de la victime : peut-être que celle-ci n’identifie pas la prison dans ceux-ci.
Même si on construisait des lieux pour emprisonner tous les agresseurs sexuels, ce qui ne sert à rien, la quantité telle de bétonnage et la prise au sol rendraient l’idée caduque.
Et la prison ne répond pas à une sous-question : un nombre conséquent d’agresseurs sexuels mineurs des enfants sont elleux-mêmes mineur·es. Enfermer des gamins de 14 ans est un échec sociétal qui devrait nous donner des cauchemars tout autant que savoir que des gamins de 14 ans violent, écrabouillent les autres via le sexe.
Cette argent à construire et maintenir des prisons serait bien plus efficace dans des politiques de prévention, de gestion des agresseurs et de soutien aux victimes.
L’anticarcéralisme et la justice réparatrice dans le cas des agresseurs sexuels restent des sujets qui traînent dans mes tiroirs. Le peu que j’en ai lu était de deux types :
Soit il ne traitait pas des agresseurs sexuels ou mal. Certaines s’appuyaient même sur des solutions communautaires dans des sociétés patriarcales, ce qui rend à mon avis optimiste le traitement des agressions sexuelles si nous prenons en compte le mécanisme de protections des agresseurs et de la communauté, qui isole la victime.
Soit elle montrait des échecs : les hommes agresseurs continuaient d’agresser.
Donc quand j’ai vu un podcast sur les agresseurs sexuels apparaître dans mon fil de podcast, je me suis dit que ce serait une opportunité d’en apprendre plus.
(Un livre sur la justice réparatrice attend sagement dans ma pile à lire mais ma période Iran ne se tarit pas encore)
(J’ai aussi en tête des vidéos Youtube)
(Je suis preneuse de conseils sur le sujet)
(C’est là où je commence à m’énerver)
Ainsi, dans ce podcast, on suit une équipe multidisciplinaire d’une structure spécialisée dans la prise en charge des auteurs d’infractions à caractère sexuel, qui se retrouve une fois par semaine pour parler de sujets complexes liés aux suivis de leurs patients et avoir des avis complémentaires entre collègues.
Lors d’une de ces réunions, un des psychologues raconte ses séances avec un jeune poursuivi pour détention d’anime hentai [dessins animés pornographiques japonais] pédopornographique et de « faits directs sur une fille » (oui, je cite texto).
Tous deux fans dans d’anime japonais, le psy engage la discussion en parlant de la passion du jeune pour le Japon et des Miyazaki. Et puis, à la fin de la séance, le jeune lui donne une clef USB qui contiendrait plusieurs de ses anime préférés.
Le psy prend la clef, rentre chez lui, se dit que ce n’est pas une bonne idée de la brancher sur son PC perso, et la ramène au bureau. Il hésite à regarder son contenu ; branchera ? branchera pas ?
Il fait part de son dilemme au reste de l’équipe.
Et les collègues rient de la situation.
Car, oui, c’est drôle de recevoir d’un agresseur, pardon de garçons ou hommes « condamnés pour mœurs », des vidéos pédoporno. C’était même touchant, voire beau, car, à la séance suivante, le jeune lui avoue qu’il avait peur que le psy arrête le suivi.
Cette clef USB n’est pas du tout un test de complicité, n’est ce pas ? Voir jusqu’où le jeune peut aller avec ce soignant. Qu’est ce que j’en sais après tout, je ne suis pas psy, juste un peu folle sur les bords.
Au final, on ne saura pas ce que le professionnel fera de cette clef. Nous apprendrons par contre que le psy travaillerait avec l’auteur de « faits de mœurs » de sa famille dysfonctionnelle.
J’ai lâché l’épisode à partir d’ici, au bout de quinze minutes. Avant cela, une autre collègue raconte comment elle travaillait avec un patient pédocriminel en lui demandant ce qu’il ferait si quelqu’un s’en prenait à sa fille ; comme lui s’en était pris à une autre. Eh ! bien, sans surprise, il tuerait le violeur et la soignante ne dit pas si quelque-chose en est sorti de cette contradiction, qui n’a pas l’air d’empêcher beaucoup de violeurs d’enfant à ne pas violer des enfants.
A aucun moment les soignant-es nomment les actes et la violence. Ce sont juste des « faits de mœurs ». Et si elleux-mêmes ne le font pas, pourquoi les agresseurs les feraient ? Comment ces derniers pourraient rendre compte de leurs actes si personne ne met leur tête dedans ?
Les agresseurs ne sont pas des monstres, mais des hommes (ou des garçons, quelquefois des grandes sœurs ou rarement des mères) qui ont la position sociale – le pouvoir dans la société patriarcale – de prendre le sexe comme leur dû et d’écrabouiller (comme le dit Dorothée Dussy) les autres par le sexe. (On voit bien cette volonté d’écrabouillement dans les viols commis par les soldat ·es israélien·nes sur des palestinien·nes par exemple)
C’est terrible d’écouter un podcast qui dépolitise autant un tel sujet, mais si nous devions en garder du positif, l’extrait est une preuve glaçante que l’analyse féministe est primordiale pour traiter correctement les violences patriarcales.
Pour finir, il existe tout de même un numéro d’aide pour les personnes pédophiles (qui ne représentent pas la majorité des agresseurs sexuels d’enfants). S’il peut empêcher un passage à l’acte, même un seul, il est utile : 0 806 23 10 63.
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