L’exercice devient habituel, voici un récapitulatif de mes lectures 2025. Mes critères restent identiques aux années précédentes, avec une priorité donnée aux femmes et minorités de genre.

Comme attendu l’année dernière, le nombre de livres a drastiquement diminué par rapport à 2024 et cela risque bien de continuer pour cette année maintenant que je suis en emploi à temps plein. Même si j’apprécie d’écouter des podcasts le matin (et je fais en effet plus attention à ce que je mange), c’est très frustrant, j’aime lire et cela me manque.

Ainsi, une moisson de 85 livres pour 2025, avec de très bonne surprise. 85 contre 122 en 2026, ce qui rend un poil hasardeux les comparaisons, mais essayons quand même.

Les BDs restent en tête de peloton, sachant que j’ai compté sous le même item les différents tomes d’une même série. Le nombre de romans lus a diminué par deux et celui d’essais d’un tiers. Peu de poésie cette année et un peu plus d’autobiographies.

En terme d’autrices, le pourcentage de femmes reste identique et la part d’autaires non-binaires augmente (mais reste faible). Les hommes seuls sont en majorité auteurs d’essais. J’ai fait un peu plus attention pour les BDs, avec un 86 % sans hommes cis (fin de ce que j’ai identifié).

Pour les romans, la SFF reste majoritaire avec une baisse plus forte que les autres : 8 livres de SFFF cette année contre 23 en 2024 pour 3 de littérature blanches contre 6 l’année dernière.

En terme d’essai, sur les 16 livres, 4 sur l’antiracisme, 2 sur le féminisme, 2 d’histoire… et toujours rien sur l’antivalidisme (je ne compte pas articles et zines).

Maintenant, venons au top

Roman

Iron Window de Xiran Jay Zhao

Iron Window est un roman de l’Imaginaire, dans un univers inspiré par la Chine. Les Hunduns ont envahi la Terre et vague après vague gagne du terrain sur les humains. Pour se défendre, ces derniers ont créé les « Chrysalides », énormes mécha conduit par un pilote et sa concubine, dans une société sexiste où les concubines sont des réservoirs passifs d’énergie, mais aussi racistes forts entre le centre et la périphérie. Zetian, notre héroïne, décide de postuler pour être concubine pour venger sa sœur qui a été tuée par son co-pilote de mecha. Sauf que cet arc n’est qu’un début de la montée en puissance de Zetian.

Les combats sont dantesques, Zetian a la rage, la détermination et l’ambition comme on en voit peu – surtout chez des femmes (le terme iron window la décrit bien), le monde est très bien construit avec des strates de domination, de systèmes politiques, une critique de la société du spectacle… et même un peu de romance. Bref, tous les ingrédients sont là. Le point négatif est que le roman est le premier tome d’une trilogie dont le dernier n’a pas encore été écrit. Frustrant d’avance.

Cinq chemins de pardon d’Ursula Le Guin

Les cinq chemins du pardon est un recueil de nouvelles se passant dans le même univers : la planète XX et sa lune YY, où l’esclavage et le patriarcat modèlent la société. Alors que sur la lune, les révoltes d’esclaves ont permis l’abolition de l’esclavage, celle-ci est toujours structurante sur la planète mère. Les cinq nouvelles se passent plus ou moins à la même période et nous croisons certains personnages à plusieurs reprises.

Comme la plupart des œuvres de Le Guin, il ne faut pas s’attendre à de grands combats épiques mais à une description fine des rouages des sociétés décrites, des relations entre personnages, des systèmes de pouvoir et de domination ; et celle de la violence.

Pour anecdote, il s’agit en fait du premier livre d’Ursula Le Guin que j’ai lu, mais à l’époque avec une nouvelle en moins. J’en gardais un souvenir d’un très bon recueil, la relecture me l’a confirmé.

Scholomance T.1 de Naomi Novik

Scholomance est un des derniers romans que j’ai lu en 2025. Naomi Novik est une autrice dont j’avais déjà apprécié l’œuvre, avec «  Déracinée »« La fileuse d’argent » (https://alterspheres.fr/chronique-de-limaginaire-la-fileuse-dargent-de-naomi-novik/) et je n’ai pas été déçue par ce premier tome d’une trilogie dont j’ai hâte de lire la suite.

Là-aussi, nous suivons une personnage endurcie par la vie : Galadriel, une sorcière qui étudie à la Scholomance, une école dangereuse où tout ou presque peut te tuer et que le mot « alliance » a remplacé celui d’« amitié ». Malgré sa facilité naturelle à la magie noire et une puissance extraordinaire, elle lutte contre son côté malifécienne pour ne pas pourrir au bout de plusieurs années, ni (surtout?) faire souffrir sa mère, et cherche à rejoindre une enclave, sorte d’endroits gérés par des clans de sorcier·es. Elle est malpolie, pleine d’humour noir, cash – et j’ai beaucoup apprécié ce personnage à laquelle je me suis attachée malgré son caractère de cochon. J’ai assez hâte de lire la suite, et je pense que je prendrai les deux derniers tomes en même temps pour les enchaîner.

Bandes dessinées

Kirio fanclub de Chikyu no osakana pon-chan

Kirio fan club est un manga du type school life où nous suivons deux amies, Aimi et Nami qui ont toutes les deux un crush pour Kirio. Ce Kirio, dont on ne verra jamais le visage, sera à l’origine de beaucoup de délires d’adolescente qui m’ont rappelé certains que j’avais eu avec mes amies (ouch, la nostalgie) mais ces barres d’humour décalé sont aussi contrebalancées par de moments très justes d’amitié, d’amour et des difficultés de la vie comme la solitude ou le deuil.

Un coup de cœur, où chaque tome est plus profond que son précédeur.

Les carnets de l’apothicaire de Natsu Hyūga, Itsuki Nanao et Nekokurage

Les carnets de l’apothicaire est une série de manga fantasy réaliste se passant dans un univers inspiré de la Chine impérial. Mao Mao, jeune apothicaire du quartier des plaisirs, est enlevée pour servir de servante dans la cour intérieure. Passionnée de poisons, elle est vite repérée par Jinshi, jeune eunuque de la cour intérieure, pour l’aider à résoudre meurtres et complots.

Les dessins sont beaux, les relations entre les personnages très chouettes, les enquêtes plutôt prenantes, et, pour une fois, l’héroïne est une prolétaire, ce qui est bien rare dans les BDs.

D’abord apprécié sans plus, c’est d’ailleurs pour cela que je n’en parle pas dans mon top précédent, ce manga m’a emballée plus à chaque tome jusqu’à devenir un de mes tops 2026.

Le problème avec les fantômes

Le dernier Miron Mialle ne pouvait que se compter dans cette liste. Cette fois-ci, le livre aborde le deuil, les liens amicaux qui se détendent et la culpabilité. Compliqué d’en dire plus mais une très belle BD qui comme à chaque arrive à décrire finement les sujets abordés.

Essais

Avant de tuer les femmes, il faut les violer !

Un essai sur l’utilisation des violences sexuelles contre les femmes comme armes de guerre dont j’ai déjà fait la critique ici.

Y’a-t-il plus fière que nous ? De Voltairine de Cleyre

Je n’avais pas forcément un a priori positif – ni négatif – de cette essayiste, l’associant vaguement à l’anarchisme individuelle. Pourtant, ce recueil de textes et poésies est bien plus que ça. Peut-être parce que sa façon de raisonner s’approche de la mienne, j’ai beaucoup accroché. Certains propos sont désuets voire racistes (contre les peuples premières nations d’Amérique), mais d’autres restent pertinents, comme la défense de d’action directe et les propos féministes. Surtout, la notion qui m’a le plus parlé est celle d’idée dominante qui guide une vie, la boussole que l’on choisit de suivre, malgré les idées dominantes oppressives de la société, et qui rappelle l’agentivité des êtres humains.

Cette idée dominante, cette boussole, ne devrait jamais être perdue, même s’il faut compter avec les contraintes matérielles.

Homo domesticus de James C. Scotte

(et oui, un homme)

Cet essai essaye de montrer comment la pratique de l’agriculture céréalière a été indispensable à la mise en place de l’État et d’une société centralisé, hiérarchique et souvent esclavagiste. Il décrit aussi l’effondrement étatique qui n’est pas forcément négatif pour les humains de cette époque et que la mise en place d’une agriculture céréalière n’est pas forcément une histoire linéaire ni un progrès pour les êtres humains.

Très enrichissant et avec des ramifications très intéressantes à mettre en réflexion avec notre monde contemporain.

Autres

Un réel coup de cœur pour « En Iran » de Kate Millett. J’avais lu sa biographie en 2024 qui m’avait donné envie de continue ma découverte de cette artiste féministe. En Iran relate son voyage de plusieurs semaines en Iran, en mars 1979, au début de la révolution. Invitée par des féministes iraniennes, elle raconte comment des femmes s’organisent pour que la révolution ne les laisse pas de côté. On y voit les hommes qui refusent le droit aux femmes de vivre leur vie, l’atermoiement des partis et le courage des femmes qui manifestent malgré le danger. Millett se questionne tout le long de sa place en tant qu’occidentale mondialement connue, comment éviter le maternalisme et comment mettre sa notoriété en jeu avec l’accord tactique des femmes.

C’est un témoignage riche de la révolution et contre-révolution en cours vues par des féministes ainsi que de l’importance des solidarités internationales.

En ce qui concerne le résultat final, il n’importe pas le moins du monde. J’ai mon idéal, il est très pur et il m’est très cher. Mais le vôtre, tout aussi important, peut être différent et il est possible que nous nous trompons tous ; Mais je suis certaine qu’avec une forme de libre association, la forme d’association sexuelle qui survivra sera la mieux adaptée à l’endroit et au moment en question, et sera le produit d’une évolution optimale. Peu nous importe que ce soit la monogamie, la variété ou la promiscuité ; c’est l’affaire du futur que nous n’osons dicter.

L’esclavage sexuel, Voltairine de Cleyre