Notes : je divulgache pas mal le film et je parle de passages suicidaires

Des gens ont écrit des articles plus intéressants sur la misogynie de ce film mais j’avais besoin d’écrire ma colère. Je mets les liens en notes de fin.

Rien ne vaut un petit arrêt de travail pour profiter du cinéma en solo et voir des films qui n’emballeraient pas ses accompagnateurices habituel·les. Le film Obsession étant un film d’horreur, il rentrait clairement dans cette catégorie.

J’ai su plu tard que le film a eu son petit moment de gloire sur les réseaux sociaux mais je suis sur Mastodon, donc bon.

C’est l’histoire d’un type surnommé Bear qui est amoureux de sa collègue, Nikki, mais n’arrive pas à lui avouer ses sentiments. Alors, il préfère utiliser un sort acheté dans une boutique New Age pour que Nikki l’aime plus que tout au monde… et ça marche, sinon il n’y aurait probablement pas eu de film.

On comprend très vite qu’après une lune de miel, la situation déraille : Nikki sort du script est devient « trop » : trop bruyante, trop collante, trop intense.

Tous les mécanismes d’effroi sur base sur le comportement erratique de Nikki : elle hurle puis prend une petite voix, bouge de façon bizarre, ment, lui fait manger son chat, déclame des textes dérangeants. Elle le regarde dormir et blague en se cachant derrière un pot de fleur, récite des textes dérangeants…

Bref, elle est folle et les folles font peur, nous dit le film.

Moi, j’ai balancé entre le rire, j’aurai tout à fait pu être capables de faire les mêmes blagues que Nikki (le coup du pot de fleurs…), surtout en phase hypomaniaque (sauf le chat), et l’horrible tristesse de la voir dans cet état : à fleur de peau à l’extrême, dépendante, aux humeurs changeantes.

Un reflet de ma folie dans un miroir en vieil étain – eh ! oui, je me suis beaucoup plus identifiée à Nikki qu’à Bear.

Une folie qui prend son origine dans une décision d’un homme et on ne peut que penser aux nombreuses fois – systématiques même – où les femmes sont psychiatrisées quand elles dénoncent les violences sexuelles dont elles ont été victimes, quand elles militent comme Madeleine Pelletier, ou juste quand elles dévient de la norme hétéropatriarcat (blanc).

Que ce soit clair : le réalisateur montre bien que Bear est un connard qui profite de la situation : dans une scène de de viol (car où le consentement quand on est pas en capacité de donner un accord positif ?) et dans une scène terrible où Nikki lui demande de la tuer car elle ne contrôle plus son corps. Plutôt que se demander comment il pourrait l’aider sans la tuer, le bichon ramène tout à lui-même et son égo froissé.

Ces scènes ont fait dire à un certain nombre de critiques que cela faisait du film un objet Me too, que le consentement serait au cœur du sujet.

Je n’ai probablement pas vu le même films car ces affirmations me paraissent à côté de la plaque.

Le film nous met une équivalence entre la mise sous emprise de Nikki et la honte et la peur qu’elle provoque chez son oppresseur.

Elle donne même à Bear un sandwich avec des morceaux de son chat décédé !

(Chat qu’elle n’a pas tué, le chat étant mort en avalant des pilules de somnifères que Bear avait mal protégé)

Des tords partagés, donc, une équivalence entre les deux. D’ailleurs, la « folie » de Nikki est posée des le début du film avec le surnom « Crazy Nikki » (donné par ses harceleureuses d’école), comme si elle était déjà « folle », avant même qu’elle soit mise sous la coupe de Bear.

Ce qui, je préfère insister n’est pas le cas : l’un est responsable de la situation, l’autre non.

J’ai aussi lu qu’il pouvait être appelé « Incel » mais c’est faux : Bear n’appartient pas à un groupe politique masculiniste mais est un homme ordinaire, qui fait des trucs d’un nombre non négligeables d’hommes ordinaires (un sur cinq ? Un sur dix ?) comme profiter d’une situation de domination pour obliger une femme ou enfant à ses fins sexuelles et plus globalement de la mettre sous son pouvoir.

Mais la meilleure preuve sur le non-féminisme et l’absence d’une véritable critique des violences patriarcales est celle-ci : les seules personnes qui souffrent, et de façon horrible, sont les femmes, Nikki la première.

Ses émotions sont ultra intenses, elle se pisse et se chie dessus en l’attendant debout devant la porte d’entrée pendant des heures et Bear ne l’aide même pas à se nettoyer, elle se mutile à plusieurs reprises, notamment quand elle se rend compte de la situation de coercition où elle se trouve… mais personne n’est là pour l’aider.

Elle est folle et elle est seule.

La deuxième femme du film devient un intérêt amoureux lorsque le protagoniste sur lequel il se rabat car elle n’est pas folle, elle. Celle-ci sera massacrée et son corps nu et mis en scène sera exposé au regard du spectateurice.

A l’inverse, j’ai passé tout le film dans l’attente que Bear souffre, qui paye la monnaie de sa pièce, mais rien. Il a honte et des fois peur d’elle (ce qui n’est bien sûr pas normal dans un couple). Et, comme pour le deuxième personnage masculin, sa mort sera rapide.

Cette différence de traitement montre bien la limite des propos que l’on prête au film.

Au final, Obsession est un film fondé sur la psychophobie, qui montre à l’écran des corps violentés de femmes dont une au moins victime de viols et de coercition. Rien de nouveau sous le soleil, à part un ajout des paillettes violettes pour anticiper certaines critiques féministes.

Notes :