Désorientale de Negar Djavadi est un livre sur l’exil et la mémoire. Alors qu’elle attend une insémination pour une PMA, Kimiâ se remémore son histoire familiale, passé qu’elle avait essayé d’oublier depuis l’arrivée de sa famille en France, après avoir fui la dictature de la République Islamique d’Iran.

En deux parties, comme deux faces d’un CD, elle retrace d’abord l’histoire de sa famille en Iran, en fait surtout celle de son père : la grand mère fille de nobles, les oncles, en particulier les liens avec son Oncle 2, lui aussi dépositaire de la mémoire familiale et avec lequel elle sera le plus proche, et la jeunesse de son père et de sa mère, toustes deux opposant·es au régime du Chah. Ces deux-là formeront d’ailleurs le « couple le plus moderne de la famille ». Leur vie en tribu, avec ses différents oncles mais aussi avec les voisin-es et ami-es est aussi décrite, montrant en miroir la solitude du futur déracinement à Paris.

Puis viennent les luttes pour la liberté contre la dictature du Chah, la révolution et son tourbillon d’activités et de vie mais aussi d’arrestation et de peurs, la contre-révolution de 79, la dictature de la République Islamique et l’exil qui en découle, loin de son pays, sa culture, sa famille, pour un pays, la France, qui n’a pas grand chose à avoir avec le pays rêvé. Il s’agit ainsi d’une histoire raconté à niveau humain s’inscrivant dans une plus grande avec un « H ».

Ensuite, dans une face B, la narratrice revient sur elle, sa construction, à devoir composer avec toute cette histoire, mélangé à son identité de genre différente de l’attendu et son attirance pour les femmes dans une culture où l’homosexualité/bisexualité n’existe pas officiellement. Elle raconte comment ses parents (et ses sœurs) gèrent l’exil loin du pays pour lequel iels se sont battus et la perte de leurs cultures et de leurs proches. L’écriture est sensible, fine, on comprend bien les psychologies des différentes personnes, comme le père qui refuse de prendre les escalators du métro de Paris, car « l’escalator c’est pour eux ».

Ça parle aussi du punk et de rock, qui lui servent de béquilles pour avancer à partir de ce passé complexe, à la grande incompréhension de sa mère (il s’agit d’un point d’ailleurs commun avec le Persepolis de Marjane Satrapi) et d’amour, amour entre sœurs malgré les différences et amour amoureux, avec le hasard qui joue l’entremetteur à travers les ans.

En bref, un roman fin et sensible. Un vrai coup de cœur.